Dipa Te

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Dipa Te propose un double questionnement : celui du rapport au jeu et celui de la singularité du sujet dans un monde ultra stéréotypé.

Nous jouons, tous, humains comme animaux, car le jeu est universel, il est affaire de mouvement, de vitesse, d’émotions et de rythme. Mais, surtout, l’essence du jeu c’est de faire « comme si », créer un espace de fiction qui demande à la fois un engagement sérieux tout en conscientisant que c’est pour de faux, que l’activité est fictive. L’attitude ludique crée un rapport au monde où celui-ci peut être réinventé car le jeu rend les objets du monde malléables, capables de changer de signification et de fonction.

Alors, à quoi joue-t-on sur scène et plus spécifiquement en danse contemporaine ? Une des thématiques récurrentes actuelles est le genre. Le sujet semble même saturé tant les quêtes et revendications identitaires de genre culminent à présent sur scène, comme sur les écrans, dans un jeu de travestissement, de parodie et de stéréotypisation des attitudes du genre. D’un côté, on peut se demander si ces exacerbations d’images stéréotypées des genres laissent suffisamment de place au jeu qui permet aux individus et à leurs corps de se réinventer ? Mais surtout, s’en tenir à dénoncer ces clichés ne ferait qu’en rajouter car, par essence, le stéréotype existe par sa récusation. On relève le stéréotype le jour où quelqu’un le désigne comme tel. Parodier un stéréotype revient à fabriquer un contre-stéréotype qui n’en reste pas moins un.

Alors, que peut-on encore jouer sur scène, sur la question du genre, sans tomber dans les pièges de l’énonciation des représentations sociales ou de leurs dénonciations ? Dipa Te tente une réponse : il ne nous reste plus qu’à faire « comme si ». Dans Dipa Te, deux femmes détournent la question du genre pour jouer avec ses stéréotypes. Dans un défilé incessant, les deux corps traversent les clichés masculins et féminins en prenant en otage un objet malléable, des collants. Ces derniers sont un prétexte qui les invite d’une part à reproduire des images conventionnelles et d’une autre, un moyen d’en transformer continuellement la signification. A partir de mouvements répétés, se construit, entre elles, un jeu d’enfilage de collant qui, échoue en permanence mais qui, ce faisant, traverse les multiples figures du monde féminin et masculin. Les personnages caricaturaux, qui en émergent, confortent à la fois les idées reçues tout en les dynamitant lorsque poussés jusqu’à l’absurde. La dérision se prolonge en une autodérision, les images féminines apparaissant à partir de leur version masculine, et vice versa, dans un jeu de parallélisme jouissif qui questionne la notion même de stéréotype.  

Pour Hélène Marquié, « une pratique de danse transforme le corps qui devient acculturé, donc moins genré ». La danse peut être perçue comme un moyen d’échapper, l’espace d’un instant, aux assignations de genre. Qu’elles l’enfilent par la tête, les jambes, les bras ou les nouent entre eux,  un parallèle s’établit entre la matière du collant et les corps, créant des effets graphiques, des formes abstraites et jouant de la perte de lecture des corps.  L’objet « collant » devient alors costume ou accessoire sexué au service de styles de danse de diverses époques, tels que le French Cancan, les comédies musicales d’Hollywood, West Side Story, le voguing, le krump … Elles puiseront dans ces écritures chorégraphiques, en tireront l’essence pour prendre leurs libertés et tenter d’en offrir une vision nouvelle.


Création : Chloé Beillevaire & Sabina Scarlat
Création sonore :  Christophe Franco
Accueil en résidence : Pôle 164 (Marseille), Wagenhallen / Nordbahnhof (Stuttgart), Garage29
Partenaires en cours de recherche

 

 

 

 



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