NOTHING SEXUAL

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A la fin des années 60 et donc à l’orée de la « dite » révolution sexuelle, Jacques Lacan, psychanalyste renommé de l’époque, énonçait: « il n’y a pas de rapport sexuel ». Cette phrase, avec tout ce qu’elle compte d’ironie, est restée dans l’histoire comme emblème et sentence de la part d’impossible — de ce qui ne parvient pas à se rencontrer — entre l’homme et la femme. Nous sommes aujourd’hui 50 ans plus tard et toujours en  révolution. 
« Trans », « bi », « pan », « cis », « poly », « fluide », « two spirits » — la multiplication des genres témoigne plus que jamais de l’impossible à rendre compte de la différence sexuelle en la noyant dans une ambiance « genderfucker ». Paradoxalement, plus on multiplie les catégories sexuelles, plus on élimine la différenciation sexuelle. Cette  déconstruction du genre, qui se borne aujourd’hui à sortir du « duel » par le pluriel, n’arrive toujours pas à bout du rapport sexuel qui n’existerait pas. A introduire la thématique de cette manière, une création chorégraphique sur la question des genres ne ferait qu’en rajouter aux catégories. Alors mettons les choses au clair ! Ce ne sera pas une étude sur nos identités sexuelles. Il ne sera pas question de sexe. Ni de la guerre des sexes. Ni de la révolution féminine à peine entamée ou celle masculine à venir. Il ne sera pas question de produire un savoir supplémentaire sur la question. Sauf qu’il ne sera question que de ça puisqu’il n’est jamais question que de ça!

 

CHOREGRAPHIE
Nothing Sexual», c’est trois personnes dans un espace vide qui essaient de se mettre d’accord par le mouvement. Ce sont deux «femmes» et un «homme» lâchés sur une page blanche, sans partition mais obligés de composer ensemble. Ils doivent écrire une chorégraphie à l’unisson avec seulement un simple mouvement binaire. Ça devrait le faire. Mais ça le fait pas! Ils ne comprennent jamais les intentions des uns et des autres. Leur relation est une série de malentendus sans fin qui ne cessent de pointer un «désaccord» non intentionnel mais fondamental qui découle de leurs différences, de leurs limites et façons de penser.  
D’un malentendu à l’autre, quelque chose s’écrit pourtant : un spectacle qui construit aux yeux du spectateur l’absence d’une norme universelle et sa déclinaison  dans une série de bricolages personnels qui la remplacent. Selon Lacan, «le sexe est un dire». C’est la seule chose sur laquelle les trois interprètes semblent s’accorder. Mais ce qu’ils disent à travers le mouvement est toujours ambigu. Entre ce qu’ils veulent dire, ce qu’ils ne peuvent pas dire ou ce qu’ils voudraient que les autres comprennent avant même qu’ils ne le disent, ils continuent à tourner sur eux-même coincés dans un mouvement binaire aux allures de rapport sexuel. Jeu de désirs, d’offres et de demandes qui viennent toujours trop tard ou trop tôt, interprétations bienveillantes finissant toujours en drames — les trois ne s’ajustent jamais mais leurs déraillements brillent d’humour et font exister, à la place d’une norme universelle, un malentendu bien plus universel.

 

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